Couacs en Syrie et révélations accablantes pour le « Parti de Dieu »

Quand le Hezbollah se prend les pieds dans le tapis persan

L’implication manifeste et tous azimuts du « parti de Dieu » dans des séries d’attentats ou encore aux côtés du régime syrien laisse deviner un mouvement aux abois. Son hubris et la démesure d’un sentiment de toute-puissance risquent-ils d’en précipiter la chute ?
24 février 2013
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La fin des illusions pour les partisans du Hezbollah? (source)

 La Syrie noire continue

Les démentis d’une implication du Hezbollah dans différents attentats sur le sol européen ressemblent fort à ceux, élucubrés quelques mois plus tôt, par un Nasrallah jurant index levé que son organisation ne se mêle pas du conflit en Syrie. Le rapatriement régulier vers le Liban des dépouilles de « pèlerins chiites », puis les menaces récentes des « Forces syriennes libres » à l’encontre de la milice pro-iranienne, laissent deviner une toute autre réalité. Que ce soit au Liban, en Syrie ou à travers le monde, les charges s’accumulent contre un « parti » sûr de lui, et dont l’inféodation aux ordres et desseins de l’Iran khomeiniste n’est plus un secret pour personne.  

L’intensification de l’activité en Syrie du parti chiite, paniqué par la perspective d’un effondrement du régime d’Assad et d’un affaiblissement conséquent de « l’arc chiite », traduit sa crainte d’être coupé du cordon ombilical perse. Derrière des discours triomphalistes et ses menaces, le mouvement cache d’ailleurs mal la mauvaise posture dans laquelle il se trouve. Non seulement il n’arrête pas de se faire prendre la main dans le sac, mais en plus suite il essuie erreurs sur défaites, comme l’ont encore montré les raids israéliens contre les convois d’armement qui lui étaient destinés. D’habitude prompts à vilipender toute intervention israélienne, les chefs d’État de la région, de concert avec l’allié russe du régime alaouite, ont laissé place à un rare silence approbateur.

Au sud-Liban, voilà des années que des explosions « mystérieuses » de caches d’armes du groupe sont maladroitement maquillées en « exercices militaires » ou autres parades grossières. Depuis 2005, les nombreux attentats manqués (ou « réussis ») contre leurs opposants au Liban laissent peu de doute sur la culpabilité de la milice. Celle-ci refuse d’ailleurs de livrer les responsables, et n’a que pour seule ligne de défense peu convaincante l’attribution des responsabilités à « l’ennemi sioniste ».  Huit ans après l’assassinat du premier ministre Rafiq al Hariri, les principaux suspects, membres de l’organisation qui a noyauté les institutions du pays, sont toujours en liberté et hors d’atteinte.

Tous les chemins mènent à Qom

Militant du Hezbollah faisant le salut du parti, identique au salut nazi

Comme un air de déjà-vu: même salut, même idées… même fin prévisible?

Il reste qu’à force de se griser, on en perd le sens des réalités. Bras armé zélé du régime des Ayatollahs, le Hezbollah, tel un criminel multirécidiviste maladroit, laisse la patte de son amateurisme un peu partout où il sévit. C’est désormais justement à cela qu’on le reconnait. Récemment, l’attentat de Bourgas, ainsi que les tentatives avortées à Chypre ou au Nigéria soulignent l’activisme sans relâche du groupe à commettre des attaques contre des cibles civiles à l’étranger. Les traces laissées pointent systématiquement vers l’organisation, dont les dénis mal ficelés résonnent comme des aveux. C’est ce même dilettantisme qui a valu à des projets d’attentats de l’organisation d’être contrecarrés en 2012 à Bangkok, New Delhi, Bakou, Tbilissi ou encore Singapour. À chaque fois, la responsabilité du « parti de Dieu » est pointée par les enquêteurs.

Les copiés-collés des gardiens de la Révolution iranienne au Liban exaspèrent d’ailleurs parfois jusqu’à leurs soutiens potentiels. Alors que la critique de Nasrallah n’est pas sans danger dans la rue chiite, il semblerait pourtant que des langues se délient progressivement au sein même de cette communauté.

Pour se défendre face à un déluge de critiques de toutes parts, les experts es communication de la milice ne font pas dans la finesse. Pour résumer, celui qui se met en travers de son chemin est un traître et un suppôt d’Israël –ce qui dans un monde arabe trempé de judéophobie fait figure de point Godwin. Plus c’est gros plus ça passe disait l’autre. On reconnaitra d’ailleurs au Hezbollah le sens de la formule : près de 1500 morts et un pays ravagé suite à une guerre inutile déclenchée sans raison en 2006, cela s’appelle une « victoire divine ».

Mais la rhétorique anti-israélienne, censée justifier son armement et ses passe-droits au pays du Cèdre, n’arrivent plus à cacher un vaste projet d’hégémonie chiite et persane. Longtemps persécutés par la majorité sunnite dans la région, certains chiites trouvent en effet en l’Iran khomeiniste une planche de salut et un puissant protecteur[1].

Le « parti de Dieu » devrait donc sortir affaibli sur le long terme par une chute de l’allié syrien, même si le bougre a encore quelques petits tours sous le turban pour nuire un bon moment.

Qu’imam me suive : le Hezbollah se prépare à l’après-Assad

On peut facilement imaginer la mise en place d’une organisation bis à l’intérieur de la Syrie post-Assad. Le précédent libanais démontre d’ailleurs comment un État dans l’État formé par une milice financée et armée par l’Iran peut phagocyter la souveraineté de tout un pays. Par ailleurs, comme le soulignait récemment une journaliste du quotidien « Asharq alawsat », le groupe paramilitaire chiite proposerait à des officiers alaouites d’être réinstallés au sud-Liban, se voyant offerts logement, rémunération et protection. En échange, les hauts-gradés du régime en décomposition apporteraient leur assistance pour faire fonctionner les systèmes d’armement sophistiqués hérités de l’armée d’Assad.  

Démographie galopante et endoctrinement précoce: la stratégie du Hezbollah pour dominer le Liban ne trompe plus grand monde

Un peu comme un poisson en train d’étouffer, le « parti de Dieu » risque de se débattre d’autant plus que ses intérêts vitaux sont en danger. Bien que s’appuyant encore sur une base populaire solide, ses soutiens s’effritent progressivement et inexorablement, à l’intérieur comme à l’extérieur du Liban. La rivalité chiite-sunnite semble se consolider au pays du Cèdre, avec la tentation d’une confrontation armée intra-communautaire de moins en moins improbable. Le décor d’un conflit entre « arc chiite » et régimes sunnites s’impose de plus en plus comme toile de fond dans la région.

Le Hezbollah peut certes toujours compter sur ses revenus issus du trafic de drogue, ainsi que -pour un temps encore- des transferts de fonds d’un régime iranien dont l’économie est pourtant moribonde. À la fois honni dans une partie grandissante du monde arabe sunnite (et bien que l’Union Européenne enkystée dans sa pleutrerie magrittesque soit encore incapable de le nommer pour ce qu’il est), et trop sûr de lui, le « parti » risque cependant de déchanter une fois son allié syrien effondré.


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[1] Au-delà du cliché opposant « sunnites modérés » et « chiites extrémistes », la réalité du chiisme invite à en saisir la complexité. Avant d’être captée et manipulée par la révolution khomeiniste de 1979, la doctrine chiite se veut plutôt contemplative et moins politisée que les variantes sunnites. Les formes les plus intolérantes de l’islam viennent d’ailleurs plutôt de ces dernières. Le sunnisme a ainsi clôt l’interprétation des textes au profit de doctrines figées, alors que le chiisme permet davantage d’interprétation individuelle du croyant. Avec l’avènement de l’islam khomeiniste -politisation exacerbée d’une religion chiite où l’imam est considéré comme guide suprême (contrairement au sunnisme ou théoriquement il n’y a pas de clergé), la majorité des croyants chiites s’est vue enrôlée dans la volonté hégémonique du régime des Mollahs. Le soutien sans faille aux projets iraniens ainsi que la haine des Juifs et de l’Occident est devenu en quelque sorte le nouveau sacerdoce d’une frange de la population chiite qui y trouve un moyen de s’affirmer politiquement. Ceci non sans lourdes contradictions avec l’esprit originel de l’islam chiite.

 

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